ÉCONOMIE
Le retour de la vignette auto ?
Supprimée en 2000, la célèbre vignette automobile refait régulièrement surface dans le débat public. Un récent rapport de l’Institut des mobilités en transition (un think tank spécialisé) préconise d'instaurer une nouvelle redevance annuelle dès 2030 pour combler les pertes de recettes fiscales.
Des taxes, des taxes et encore des taxes !
Au-delà de cette mesure précise, ce projet illustre un réflexe bien ancré : la propension quasi automatique des institutions et think tanks français à traiter chaque mutation économique par le prélèvement obligatoire.
1. L'effet pervers de l'électrification : l'État cherche ses milliards perdus
La transition vers le véhicule électrique crée un trou dans les caisses publiques que les fiscalistes s'empressent de vouloir combler :
L'érosion de la TICPE : la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques rapporte historiquement des dizaines de milliards d'euros par an. À mesure que le parc thermique rétrécit, cette manne s'effondre (jusqu'à 22 milliards d'euros de manque à gagner projeté d'ici 2035).
Le piège de l'incitation : après avoir poussé les citoyens à acheter des véhicules électriques sous coup de bonus écologiques, l'État réalise qu'il perd sa principale source de fiscalité routière et cherche à taxer à nouveau la possession même du véhicule.
2. La culture de l'ajustement par l'impôt plutôt que par la dépense
La proposition de ce think tank révèle un biais structurel très français :
| Approche par la taxe (Réflexe dominant) | Approche par l'efficience (Alternative négligée) |
| Créer une nouvelle redevance progressive (de 30 € à plus de 900 € selon les revenus, la masse du véhicule et la zone géographique). | Restructurer le budget de l'État et adapter le niveau global des dépenses publiques à la baisse des recettes fossiles. |
| Considérer que les budgets publics doivent rester constants, quel que soit le contexte économique. | Questionner la pertinence des périmètres d'intervention de l'État avant de solliciter les contribuables. |
3. L'illusion de la taxe « juste » et « modulée »
Pour rendre la mesure acceptable, les rédacteurs de l'étude proposent un barème complexe tenant compte des revenus du ménage, du lieu de résidence et de la catégorie de véhicule :
L'usine à gaz administrative : l'administration devra croiser le fichier des cartes grises, le revenu fiscal de référence et les données de géolocalisation ou de résidence pour calculer la taxe.
La double peine pour les ménages captifs : malgré des pondérations, les ménages ruraux ou périurbains, contraints d'utiliser quotidiennement leur voiture sans alternative de transport en commun, restent les plus exposés.
Plutôt que d'interroger le train de vie des administrations ou de revoir globalement le modèle de financement de la transition écologique, les propositions d'experts finissent presque toujours par ajouter une ligne supplémentaire sur la feuille d'imposition des ménages !